Pékin, place Tian'anmen. L'endroit est noir de monde, pour moitié de promeneurs chinois, mais les cars de touristes ont également déversé leur fort contingent de japonais. C'est que depuis que la Chine communiste s'est convertie en douce et sans secousse à l'économie de marché - pour ne pas dire à l'hyper-libéralisme effréné - les Nippons sont de fait nombreux à venir découvrir sur pièce les grandioses (quoique bien mal entretenus) gestes du berceau de leur civilisation: la Chine. Ennemie héréditaire devenue principal partenaire économique, se serait-elle enfin changée en amie ?
Rien de moins sûr en vérité, car si les entreprises japonaises ont effectivement massivement investi et délocalisé nombre de leurs usines dans l'Empire du Milieu, si le Japon en est même arrivé au point de s'entendre avec la Chine sur un échange direct yen contre yuan sans passer par la case "dollar", les deux complices n'en demeurent pas moins des adversaires commerciaux d'une part, géographiques d'autre part, et bien que les échanges touristiques bilatéraux soient plus intenses que jamais, les Japonais demeurent tout de même 84% à avoir mauvaise opinion des Chinois. 84%, c'est loin d'être un sentiment marginalement partagé.
Mais rien à faire, tant que certaines pages n'auront pas été tournées, de part et d'autre, on pourra tout faire par ailleurs pour mieux s'entendre, ce sera hélas toujours quelque part un dialogue de sourds.