Le rapport d'un ingénieur du nucléaire nippon, M. Hirai Norio, est accablant : il dénonce un mode de construction des centrales complètement irresponsable au Japon. (Voir une traduction de son texte).
Notre contributeur explique :
Dans quelques heures sera célébré l'anniversaire marquant le deuxième mois après la survenue du raz-de-marée et du tremblement de terre géants qui ont provoqué les dégâts que l'on sait, directement sur la côte nord-est du Japon, mais aussi en détruisant partiellement les centrales nucléaires se trouvant à Fukushima.
Ce drame humanitaire, économique et écologique est, hélas, encore loin d'être derrière nous (cf. The Japan Times, en anglais) car il se poursuit tous les jours, s'aggravant même sous certains aspects suivant les critères retenus pour juger de la situation en cours, et en raison de l'apparition de nouveaux maux découlant des premiers.
Certes d'énormes efforts sont déployés pour remédier aux fuites radioactives des réacteurs de Fukushima, mais l'importance de ces mêmes fuites continue de ralentir tout progrès significatif et le bout du tunnel semble chaque jour s'éloigner aussitôt que l'on a l'audace d'oser l'annoncer (cf. The Mainichi Daily News et The Japan Times, en anglais).
Dans ce climat de crainte mêlée à la rage populaire, la moindre mauvaise nouvelle supplémentaire provoque des réactions démontrant que le seuil de tolérance a depuis longtemps maintenant, été dépassé. Les fuites radioactives de la centrale de Tsuruga (cf. The Mainichi Daily News) achèvent de justifier le doute populaire à l'égard de la "sûreté nucléaire" et la situation géographique critique de la centrale de Hamaoka aura eu raison de l'existence de celle-ci (cf. The Japan Times) non en raison de son état actuel, mais parce qu'il est désormais communément reçu que la centrale en question pourrait devenir un nouveau Fukushima à l'occasion de la survenue d'un hypothétique nouveau séisme géant dont on a prédit - non par la science mais par les statistiques - la survenue "dans les 30 ans". On sait que la "science" des tremblements de terre est encore incertaine et qu'elle s'est maintes et maintes fois trompée dans le passé, mais qu'importe, il s'agit surtout de donner des gages à une population meurtrie qui ne veut plus que l'on prenne le moindre risque avec sa sûreté.
Déjà, parle-t-on d'un nouveau Minamata (cf. The Mainichi Daily News) tant pour les conséquences du caractère humain de la catastrophe en cours, que pour l'imprévoyance qui a présidé à ces deux drames.
On peut d'ailleurs se poser la question du pourquoi l'on a choisi comme lieu d'établissement de centrales atomiques, des zones connues de longue date pour leur situation périlleuse. Et en se penchant un peu sur le contexte passé, on en vient à découvrir également que des voix s'étaient élevées depuis de nombreuses années déjà pour dénoncer la fragilité des dispositifs nucléaires japonais, notamment après le grand tremblement de terre de Kobe quand des gens comme Takagi Jinzaburo (ancien directeur du Centre d'Information Citoyen sur le Nucléaire) avaient rendu des rapports alarmants, restés lettre morte jusqu'à nos jours. Le prévisible avait été prévu... mais comme par hasard, pas par les décideurs (cf. The Mainichi Daily News) qui aujourd'hui nient même avoir été prévenus par qui que ce soit. Contre tout évidence.
A ces voix dont certaines - comme celle de Takagi Jinzaburo décédé en 2000 - nous proviennent d'outre-tombe, se joignent celles également d'anciens irradiés d'Hiroshima (cf. The Mainichi Daily News) qui rappellent, pour toujours meurtris dans leur coeur et dans leur chair, que le feu nucléaire, une fois qu'il a été subi, ne passe jamais tout à fait. C'est d'ailleurs d'un membre actif de l'association des irradiés de la Deuxième guerre Mondiale - ceux que l'on appelle les Hibakusha - résidant dans la préfecture de Chiba, qui nous a communiqué un document explosif qui commence à circuler et dont on se demande comme il se fait qu'il n'ait été encore repris par personne, ni au Japon, ni à l'étranger.
Ce dossier (cf. photos de ce sujet) est basé sur la relation qu'un ancien ingénieur du nucléaire nippon, M. Hirai Norio, a fait de ce qu'il a vu tout au long de sa longue carrière dans ce domaine où l'on devrait s'attendre au meilleur et au plus pointu en matière de science et d'exécution.
Or ce que ce rapport (non pas de la main-même de M. Hirai comme cela est parfois dit mais établi à partir de ce qu'il a maintes fois rapporté de son vivant, suivant notre petite enquête) dévoile une réalité toute autre, qui permet de mieux comprendre comment le nucléaire nippon en est arrivé-là, aussi bien à Fukushima que dans d'autres centrales moins touchées. Enfin à ce qu'il est dit car sait-on bien tout sur l'état réel des autres établissements, en vérité ?
Une chose est certaine, c'est que ce dossier est aujourd'hui sur la table, et que même si la moitié, pardon, le quart de ce qu'il révèle est vrai - tant sur les fraudes aux matériaux employés lors de la construction de certaines centrales, l'emploi de personnel journalier hautement sous-qualifié pour faire ce que les employés de TEPCO refusaient de faire, les nombreuses entorses aux règles de construction ou de sécurité - alors l'ensemble du parc nucléaire japonais devrait être remis en question ainsi que tout ce qui a présidé à son émergence et encadre encore son existence-même.
A moins que l'on décide délibérément d'enterrer une fois encore ce document dont on se demande pourquoi il n'a pas encore fait grand bruit dans les médias du monde entier...
En savoir plus sur le rapport Hirai en lisant ce blog traduit en anglais.
Images du 5 mai 2011.