En partenariat avec
Envoyez
vos photos & vidéos
Suivre
Ajouté
Abonné
Supprimer
Supprimé
En attente
Chargement
Erreur
17
Voter
Voter

Japon : Des produits de la mer de Fukushima remis en vente

Planète Info non vérifiée Info vérifiée Chūō-ku, Japon - 24 juillet 2012

Nous voici au coeur historique, géographique et symbolique du Japon : Nihombashi, le Pont du Japon. C'est là que se tenait le marché aux poissons de l'ancienne capitale du pays, Edo, et ce jusqu'en 1923, avant l'édification du fameux marché de Tsukiji que l'on dit être aujourd'hui encore le plus grand du monde.

C'est pourquoi dans un recoin du plus crucial des ponts du pays, également kilomètre zéro de cette nation, peut se dénicher une statue représentant une déesse à la tournure plus polynésienne que purement japonais d'ailleurs, vestige d'un passé encore relativement récent où les kimonos en soie côtoyaient la marée du jour, deux éléments culturels et commerciaux profondément nippons.

Gloire du passé, nous trouvons désormais cette déesse ignorée, abandonnée, reléguée au rôle de gardienne de parking sauvage à vélos.

C'est en vérité que les Japonais ont tourné le dos non seulement au kimono, en perdition, mais aussi et surtout aux produits de la mer, sinon par leur quantité, du moins par leur qualité. En effet, peut-on encore prétendre que les pèches d'aujourd'hui sont toujours bien saines pour la santé ? Entre plastiques délités, hydrocarbures, plomb, mercure etc. que n'intoxique-t-il pas ces jours-ci la chair des habitants des littoraux et des rivières nippones ?

Or comme une descente aux enfers n'est jamais terminée tant que l'on n'a pas atteint le fond, voilà que l'on en rajoute une couche en décidant de réintroduire sur les étals des produits de la mer en provenance des eaux de Fukushima, région désormais mondialement célèbre pour sa multi-catastrophe nucléaire qui, un an et demi après, n'est d'ailleurs pas près de s'achever. Et si les premières semaines du désastre des doses tchernobylesques se sont effectivement déversées directement dans la mer, cela s'est poursuivi un grand nombre de fois par le truchement d'importantes fuites des systèmes de refroidissement mais aussi par une infiltration massive des sous-sols par des quantités énormes mais indéterminées d'eau hautement radioactive.

Mais cela sembla avoir échappé à certains au Japon qui, loin d'être habités par le soucis d'éviter tout risque pour la santé à leurs concitoyens, semblent plutôt soucieux de reprendre au plus vite le commerce des produits de la mer : les pêcheurs eux-même, bien sûr, mais aussi les municipalités aux caisses exsangues qui ont besoin de rentrées d'argent, TEPCO qui verse aux pêcheurs des indemnités par jour d'inactivité, l'état qui appelle de ses voeux un redorement accéléré du blason du nord-est du Japon qui entache pour l'instant l'image du pays et de ses productions. À chacun son motif, sa raison de chanter sur tous les tons que "la catastrophe, c'est du passé".

Alors tout le monde pousse à la roue dans un ensemble qui finit par convaincre les bonnes âmes qu'il est effectivement temps de redonner sa chance à ces pêches dont dépend l'avenir de toute une région. Et puis comme on l'a souvent dit dans les mois qui ont suivi la catastrophe des 11 et 12 mars 2011 : si vous êtes contaminés après l'âge de 40 ans, c'est moins grave car les chances de développer un cancer sont moindres (!) et au pire il apparaîtra en fin de vie (!!!). Donc autant aider au redressement de la région sinistrée. Raisonnement entendu 100 fois.

Ou quand inconséquence et pensée magique se donnent la main.

 

Legende-photo : Le Pont du Japon (Nihombashi) ancien coeur poissonnier du pays, lui-même victime de la modernité quand il a dû être surpassé d'une route aérienne à l'occasion des Jeux Olympiques de Tokyo. À l'une de ses extrémités, dans un recoin largement ignoré des Japonais eux-mêmes, se débusque la sculpture de la "déesse de la pêche" que nous voyons dans ce sujet. Au centre du pont se trouvent des bronzes de dragons/girafes fantastiques, symboles de l'union des forces aquatiques et célestes. Or si la mer est désormais radioactives, l'air est pollué. Et par-dessus tout cela, une voie de béton armé remplace le bleu du ciel. Le symbole demeure, mais change de sens...

Voter
Voter
17
Signaler un abus
À voir également
Commentaires (17)
Seuls les lettres, chiffre et '_' sont autorisés.
Merci d'entrer votre adresse email
Envoyer
Annuler