Depuis des mois, des manifestations anti-nucléaires se déroulent chaque vendredi en fin de journée, pour ainsi dire sous les fenêtres de la résidence officielle du premier ministre nippon (actuellement Noda Yoshihiko). Nous en avons déjà parlé sur Citizenside ici, là et ici.
Rassemblant plusieurs dizaines de milliers de simples citoyens, employés de bureau, femmes au foyer, retraités, lycéens, bonzes et bonnes soeurs catholiques, gens de toute condition, ces démonstrations d'hostilité n'ont pas une seule fois donné dans la violence, pourtant le dispositif de "sûreté" mis en place toutes les semaines par la police est impressionnant, digne d'un sommet du G7 avec forces blindés, policiers en tenue anti-émeute... et caméras vidéos pour filmer tous ceux qui viennent clamer leur opposition aux centrales atomiques.
Or, c'est justement ce dispositif superlatif qu'un groupe (rassemblant déjà pas moins de 80 avocats) conteste comme étant d'une part une façon détournée de ficher les manifestants, d'autre part une méthode d'intimidation afin de museler l'exercice de la liberté de parole, en tout cas celle des anti-nucléaires (voir cet article).
De fait, les manifestants se doivent de n'occuper qu'un trottoir sur deux - pour ne pas déranger les piétons - étant entendu que la chaussée est interdite par principe - pour ne pas déranger la circulation - et que le trottoir concédé ne peut-être emprunté que sur les deux-tiers de sa largeur - pour ne pas déranger ceux qui veulent accéder à la bouche de métro située sur le parcours.
Du coup, les courageux, désormais de moins en moins nombreux, n'ont plus qu'à s'entasser sur un fin cordon entièrement bordé sur toute sa longueur de cars de police blindés, avec la désagréable impression que piégés dans ce corridor on les dévisage en vidéo, ce que la police, caméra vidéo au poing, dément formellement... sans prouver pour autant aux avocats de la liberté de parole que leurs soupçons sont infondés.
En attendant, le Premier Ministre Noda a fini par recevoir une pincée de représentants de ce mouvement populaire apolitique qui s'active chaque semaine depuis près d'un an devant la grille de sa demeure, accordant royalement à cette délégation... 30mn d'entrevue. Si l'on veut décourager les électeurs d'exprimer sereinement leurs revendications, voilà qui est probablement plus efficace encore que toute pression policière.