Cette année, pas de visite de Jean-Marie Le Pen ou de Bruno Gollnisch contrairement à l'année dernière ce qui n'aura rien changé aux célébrations du 66e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.
Pour cette "édition 2011" le temple habituellement rempli et sillonné de nostalgiques en costumes militaires d'époque et de nombreux membres de l'extrême-droite nippone, aura été bien calme comparé aux années précédentes. Il faut dire que la police était vraiment très présente et plus prête qu'auparavant à mettre la sourdine sur certaines démonstrations politiques qui justifient les critiques des pays anciennement victimes des manoeuvres militaires nippones, qui considèrent le Temple de Yasukuni comme un haut-lieu de l'esprit nationaliste et militariste nippon.
Sensible à ces critiques, le Premier Ministre Kan de même que nul membre de son gouvernement, ne se sera rendu aux actions de commémoration menées à Yasukuni, et ce pour la deuxième année consécutive. Cela dit, 52 parlementaires de diverses sensibilités politiques ont, eux, accompli ce "pèlerinage" annuel parmi lesquels se comptent entre autre les anciens premiers ministres Mori et Abe, ainsi que Tanigaki Sadakazu, actuel président du Parti Libéral Démocrate, celui-là même qui a régné quasiment en maître absolu sur le Japon depuis l'après-guerre jusqu'à l'avènement du premier gouvernement d'alternance, celui du Parti Démocratique du Japon, actuellement aux commandes du pays. Notons au passage que M. Tanigaki a de fortes chances de devenir un jour, Premier Ministre du Japon.
Les gens en costumes militaires étaient beaucoup moins nombreux que par le passé, mais s'en trouvaient encore à avoir décidé de porter l'uniforme de fantassin, de grenadier, d'artilleur, de pilote... certains poussant même jusqu'à la guerre russo-japonaise (cf. le "grand-père à barbe blanche" parmi les photos illustrant ce sujet) voire jusqu'à l'époque des samouraïs... Peu d'armes blanches cette fois-ci, néanmoins, la police veillait au grain... et elle, en armure de résine mais sans autre arme au côté qu'une paire de menottes.
Hors de l'enceinte du temple, en descendant la rue, on aura également pu assister à une rencontre de rue (meeting) assez fournie, et fréquentée par beaucoup de jeunes gens dont beaucoup n'avaient rien de rebuts de la société. Des forêts d'étendards y furent agitées vigoureusement, ponctuant le discours d'un "maître de cérémonie" fort affable d'ailleurs, puisqu'il nous salua bien bas en nous voyant (il s'agit de l'individu à casquette et au microphone à la main, dans notre série photographique).
Après cette "manifestation" statique, le matériel fut replié avec une application toute "scouttesque", les nombreux bataillons de "C.R.S" encadrant de près tout cela. Aucun incident à signaler.
Plus tard, un long cortège de manifestants à pieds remonta l'artère principale en direction du Temple de Yasukuni, escorté d'un côté par les forces de l'ordre, vigilantes mais courtoises, et de l'autre par de gros véhicules para-militarisés de groupuscules d'extrême-droite, reconnaissables entre tous à leurs puissants mégaphones installés sur le toit, et aux inscriptions impérialistes collées partout sur ces puissants engins aux vitres souvent fortement fumées, parfois grillagées.
Là encore, beaucoup de bruit - surtout des airs militaristes appelant au réveil des consciences nationales - mais aucun débordement à déplorer. Et encore moins de dégradations.
Note: on voit sur plusieurs photos de jeunes gens (et de moins jeunes) recueillis devant une stèle grise porteuse de la photo en noir et blanc d'un personnage visiblement d'origine indienne. Il s'agit en fait de celle de Radhabinod Pal, indien et juriste émérite qui compta parmi les juges qui siégèrent lors du procès de Tokyo, équivalent pour le Japon du procès de Nuremberg pour l'Allemagne nazie. S'il est ainsi honoré au sein du principal "monument aux morts" du Japon, c'est qu'il se serait élevé contre - à en croire les Japonais - l'iniquité de ce procès entièrement à charge. Il est donc tenu en haute estime par certains Japonais qui, en lui ménageant ainsi une place de choix au Temple de Yasukuni, tout près du musée de l'armée, l'ont en quelque sorte reconnu comme un saint-homme. Tout est une question de point de vue comme on le voit ici encore.