En partenariat avec
Envoyez
vos photos & vidéos
Suivre
Ajouté
Abonné
Supprimer
Supprimé
En attente
Chargement
Erreur
218
Voter
Voter

Japon : Le cas Ichihashi touche à sa fin

Grand Angle Info non vérifiée Info vérifiée Tokyo, Japon - 12 juillet 2011

L'affaire Ichihashi, qui a défrayé la chronique japonaise depuis 2007, a comme un petit goût de déjà vu, et pourrait bien rappeler d'une certaine façon la fameuse affaire du "cannibale japonais" qui dévora à Paris en juin 1981 une jeune étudiante néerlandaise pour laquelle il avait "craqué".

"L'affaire"

Sans aller jusqu'au cannibalisme, nous retrouvons néanmoins dans l'affaire Ichihashi beaucoup de similitudes : un jeune étudiant japonais - Ichihashi Tatsuya, 28 ans à l'époque de son crime - issu d'une famille correcte et sans histoire, obnubilé par son désir charnel pour une jeune européenne qu'il considère, suivant ses propres mots, comme "une caucasienne qu'il fallait qu'il possède".

La jeune femme est une jolie Britannique de 22 ans au moment des faits, Lindsay Ann Hawker, arrivée quelques semaines auparavant au Japon pour y dispenser des cours d'anglais. Pour son malheur, elle croisera bientôt le chemin de son prédateur dans les transports en commun, moment à partir duquel ce dernier ne cessera de mûrir son désir pour elle et son plan de prise par corps.

Quelques jours après, donc, il réussit à entrer en contact avec elle, et la persuade de lui donner des cours particulier d'Anglais, ce que la jeune femme à l'esprit ouvert et probablement convaincue que le Japon est "le pays le plus sûr du monde", accepte volontiers. A l'issu de l'ultime leçon, il lui fait le coup de la panne (d'argent) et l'entraîne chez lui afin, selon lui, de lui payer son dû.

Fatale imprudence ! A peine arrivés dans l'appartement d'Ichihashi, celui-ci, grand sportif, maîtrise rapidement sa proie et la viole sans hésiter. N'ayant jamais cessé de lutter, elle tente une fois encore de se sauver alors que son agresseur redescend de son 7e ciel; il lui lie donc les mains et les pieds, après quoi, il tente d'établir avec elle un "rapport amical" qui, pense-t-il, pourrait effacer son acte et pourquoi pas, en faire finalement sa petite amie. Il lui parle longuement de ses rêves, de ses projets, de ses lectures... Hawker, terrorisée, écoute tout cela en attendant de pouvoir fausser compagnie à Ichihashi qui s'endort après son méfait et son long soliloque, deux activités évidemment épuisantes.

Il se réveille en sursaut : Hawker est parvenue à se défaire des liens qui entravaient ses mains. Elle n'est pas loin de pouvoir s'échapper, et déjà elle commence à crier, à réclamer de l'aide. Personne ne vient, et c'est la main d'Ichihashi qui vient finalement étouffer ses cris, et sa vie.

Deux jours après la disparition de Hawker, les amis et collègues de la jeune anglaise inquiets de ne pas la voir reparaître à son école de langue, parviennent à déclencher une enquête de police qui mène rapidement à l'appartement d'Ichihashi. Des policiers montent chez lui et le trouvent déambulant tranquillement en chaussettes. On ne sait comment, mais c'est ainsi accoutré qu'il réussira à fausser compagnie aux deux gardiens de la paix qui donneront, mais un peu tard, l'alerte. On trouvera quelques instant après, le cadavre de la jeune Hawker enseveli dans une baignoire placée sur le balcon du coupable. Horrible découverte.

De multiples rebondissements

L'affaire aura eu de nombreux rebondissements. Déjà la mort de la jeune enseignante provoqua en partie la faillite de l'école qui l'employait et qui devait succomber complètement à deux autres scandales sans aucun rapport, quelques mois après. Le premier groupe d'enseignement de langue au Japon (450 000 clients !) comptait ainsi d'une certaine façon parmi les "dommages collatéraux" de ce fait divers sordide.

Ensuite, la presse s'empara de la cavale d'Ichihara que certains avaient vu du côté d'Osaka, d'autres vers Okinawa, d'autres encore prétendaient l'avoir croisé, travesti en femme et vendant ses charmes pour gagner sa vie dans tel quartier interlope de Tokyo, sous le nez donc des forces de l'ordre qui l'avaient laissé échapper.

Plusieurs fois l'affaire menaça de s'enliser, mais la famille de la victime réussit à faire bouger les médias, en accordant des interviews et même en proposant une prime à qui aiderait à la capture du bourreau de leur fille. Une attitude qui irrita les forces de l'ordre et nombre de Japonais qui n'aiment rien moins que le fait qu'on (et plus encore un étranger) leur force la main. Mais la famille, toujours très digne, finit par gagner l'admiration de ceux qui ne leur jetait pas la pierre, ce qui obligea la police à sortir de sa douillette attente de la prescription.

Et finalement, coup de théâtre ! Ichihashi fut capturé près d'Osaka fin 2009 dans des conditions il faut le dire un peu trouble. Il aurait été dénoncé après avoir été reconnu a posteriori par un chirurgien esthétique et par le collègue d'un chantier de construction sur lequel Ichihashi travaillait au noir. Quoi qu'il en soit, tout d'abord mutique, il finit par publier un livre où il raconte par le menu le déroulement de sa cavale qui, effectivement, lui fit traverser une bonne partie du Japon, dans des conditions qu'Alexandre Dumas aurait pu imaginer, vivant de petits boulots, de vie au grand air, et se mutilant lui-même le visage par crainte d'être attrapé.

La peine de mort fait débat

Une affaire au long cours qui, finalement, touche à son dénouement puisque le procès d' Ichihashi Tatsuya qui a débuté il y a quelques jours, va se clore le 21 juillet prochain.

Là où l'affaire prend un intérêt autre que celui que l'on peut avoir pour la pauvre victime d'un tel fait divers, est que la famille de la jeune Hawker, une famille anglaise bien sous tous rapports, n'a pas hésité à demander la peine de mort pour le meurtrier de leur chère fille. Un châtiment qui n'existe paradoxalement plus dans leur pays comme dans la plupart des pays d'Europe. Ce qui démontre que la réclamation de l'application de la peine capitale n'est ni anachronique, ni le fait d'individus forcément sans jugement ni éducation.

Est-ce pour cette raison que si peu de médias français ont souhaité se pencher sur l'affaire Ichihashi tandis qu'elle couvre par ailleurs tant d'autres dossiers futiles touchant au Japon, ne se refusant pas à ressasser ce que tout le monde sait depuis longtemps sur ce pays plutôt que s'intéresser à ce dossier particulièrement riche d'enseignements sur le fonctionnement du Japon, sa facette criminelle, ses meurtriers psychotiques, sa façon d'envisager une affaire fort différemment si la victime est nationale ou étrangère ? A-t-on la consigne de donner un visage le plus lisse possible au Japon dans les médias français ou a-t-on seulement peur de réveiller le loup qui dort, à savoir le vieux débat de la peine de mort, jamais enterré quoi que certains en disent ?

En tout cas, verdict le 21 juillet 2011... ce qui n'empêchera pas Ichihashi, cela dit, d'interjeter appel et de faire traîner en longueur son cas plus de dix ans comme c'est le cas du chef de la secte AUM ShinRikyo (responsable des attentats du métro de Tokyo), Asahara Shoko, condamné il y a de nombreuses années, mais toujours bien vivant au fond de sa cellule.

Légende photo : la peine de mort a longtemps été appliquée en France à l'aide de la guillotine, comme chacun sait. Les photos qui illustrent ce sujet touchant à la peine capitale, donnent à voir les reliques (dalles dans la route) de l'endroit où était installée la guillotine de la Prison de la Grande Roquette (Paris) entre 1851 et 1899. Au Japon, la peine de mort se pratique cependant par pendaison.

Voter
Voter
218
Signaler un abus
À voir également
Commentaires (10)
Seuls les lettres, chiffre et '_' sont autorisés.
Merci d'entrer votre adresse email
Envoyer
Annuler