Dans la presse britannique, on peut voir des photos aériennes montrant la voiture de la famille assassinée près d'Annecy. Pas dans la presse française. Les journalistes anglais ont-ils enfreint l'interdiction de survoler la zone pour obtenir ce scoop ?
Ce que les médias appellent désormais "La tuerie de Chevaline", est le fait divers qui tient le public en haleine depuis mercredi :
Trois Anglais, membres d'une même famille, ont été retrouvés dans leurs voiture assassinés par balles le mercredi 5 septembre 2012 aux alentours de 15h30 à Chevaline, petite commune de Haute-Savoie. Un cycliste a également été abattu près du véhicule. Une fillette de 7 ans a été grièvement blessée mais sa petite soeur de 4 ans, retrouvée 8 heures après la découverte du drame, a miraculeusement survécu à l'attaque.
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Le degré de violence du crime et le mystère autour de l'affaire ont rendu la presse avide d'informations et de la plus petite image en rapport avec le drame.
L'accès à la scène du crime a été très rapidement interdit après la découverte des corps et des barrages routiers ont été installés dans la zone, empêchant les journalistes et les curieux de venir photographier les lieux, en tous cas par voie terrestre.
Dès le lendemain, le procureur de la République d'Annecy, Eric Maillaud, a imposé une interdiction de survol de la zone concernée entre 10h et 15h.
Les journalistes britanniques n'avaient donc pas le droit de prendre un hélicoptère pour s'approcher de la scène et en prendre des photos.
Risquent-ils des poursuites ? Oui, si l'interdiction a clairement été notifiée au public.
Cette décision est normalement validée et diffusée par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) auprès des aéroclubs. L'enfreindre peut avoir des conséquences, mais dans une certaine mesure : s'il y a poursuites, le Parquet devra apporter la preuve que l'arrêté préfectoral a été pris avant le survol de la zone par l'aéronef et qu'il a été porté à la connaissance du public, et notamment des aéroclubs.
Cela a-t-il été fait ?
Parmi les aéroclubs des environs de la Chevaline contactés par Citizenside, certains confirment avoir été informés de l'interdiction alors que d'autres disent ne pas avoir été au courant.
L'information s'est en tout cas bien répandue chez les journalistes français, dont ceux de l'AFP, qui ont donc obtempéré. Les photographes anglais, eux, ont pris l'hélicoptère et capturé des images de la voiture des victimes en survolant la scène.
Contacté par Citizenside, le service photo du Daily Mail a refusé d'en dire plus sur les conditions de la prise de vues.
La vice-procureure de la République d'Annecy, Edwige Sultana-Khan, a déclaré ne pas savoir qui avait transporté les journalistes dans la zone pendant l'interdiction mais qu'une procédure serait lancée plus tard dans l'enquête afin de le déterminer.
En cas de poursuite, c'est la société fournissant le service d'hélicoptère (ou le pilote privé si c'en est un) qui devrait être visée, pas les journalistes. Néanmoins, selon Me Rembauville-Nicolle, spécialiste du droit aérien, les amendes en cas de non-respect d'interdiction de survol sont "totalement dérisoires". "Elles n'atteignent même pas 1000 euros dans le cas par exemple des hélicoptères qui survolent la presqu'île résidentielle de Saint-Tropez en dehors des heures autorisées".
Selon la Gendarmerie du transport aérien (GTA), le pilote qui enfreint une interdiction de survol risque néanmoins une suspension de sa licence.
Anne-Elyse Gauthier
Crédit photo: reporterater